J'ai remarqué avec vos commentaires (qui m'ont quand même plu, bien sûr) et en parlant à d'autres gens après que je m'étais mal faite comprendre avec mon message de fin de voyage, avant de rentrer à Rio.

Finalement, vous avez un peu tous interprété ce goût d'amertume que j'avais, avec la fin de voyage, le "blues du retour". Sauf que ça n'avait rien à voir avec le retour, puisque ce message a germé dans ma tête 2 semaines avant la fin du voyage. A la fin du voyage, j'avais un peu plus de recul et de clarté pour l'écrire, c'est tout.

Donc, ce que je voulais faire passer, ce n'était pas de l'amertume ou donner l'impression d'être déçue (même si je l'ai écrit, c'est vrai). Je voulais juste montrer le décalage qu'il peut y avoir entre l'image qu'on peut se faire d'un voyage comme celui que j'ai fait (l'image que vous avez vue de France, et celle que je me faisais avant) et la réalité du voyage. C'est à force d'avoir entendu "c'est incroyable, extraordinaire, sensationnel et passionnant ce que tu fais" que j'ai eu envie d'écrire ce message. Car oui, sur le moment il n'y a rien de sensationnel (manger, boire, dormir, prendre le bus, voir des routes, des voitures, des villes, des immeubles, des magasins, des arbres, des êtres humains qui sont pareils que nous et ont les mêmes préoccupations humaines que nous, bref voir des choses normales et habituelles) Et le fait que ce que j'ai vu de l'Amérique latine soit finalement assez proche de l'Europe enlève encore de ce côté a priori "sensationnel". Et le fait, finalement, d'avoir entendu pendant 6 mois "Noémie raconte-nous ton aventure incroyable et sensationnelle que tu vis au Brésil", en rajoute encore. Donc je voulais juste, et veux encore, détruire ces images et ces fantasmes qu'on peut se faire sur d'autres pays, et sur ce que je vis ! Car les clichés qu'on se fait, comme ce que j'ai déjà dit Marine, ne sont pas forcément volontaires. C'est naturel ! Tout le monde "se fait des films" comme on dit, sans le vouloir. Vous sur ce que je vis au Brésil ou pendant mon voyage, et moi sur l'Argentine (inconsciemment, involontairement), par exemple. Ce qui est intéressant c'est de savoir d'où ça vient. Le "sensationnel" viendra peut-être juste du fait de pouvoir dire dans quelques années "j'étais un an au Brésil, j'ai fait un voyage d'un mois toute seule en Amérique latine", et que ça restera peut-être un moment précis et différent dans ma vie. Et viendra aussi peut-être du fait que je ne pourrai pas refaire ce genre d'expériences très souvent, donc moment rare = moment précieux. (sauf si j'arrive à continuer à voyager beaucoup ;)) Et comme je l'ai dit, d'ici quelques générations quand on voyagera plus facilement, ce genre d'expériences ne paraîtra plus du tout exceptionnelle, mais banale.

Et finalement, ce qui fait qu'on peut vraiment vivre des choses "sensationnelles", c'est pas de voyager ou de ne pas voyager, c'est comment on vit intérieurement, c'est ce qui se passe en nous. Entre quelqu'un qui part à l'autre bout du monde (= qqch d'a priori "sensationnel") mais qui reste cloîtré chez lui et qui fait une dépression, et quelqu'un qui reste en France (= a priori rien de "sensationnel") mais qui vit quelque chose de fort, avec lui, avec d'autres gens, qui change sa vie, trouve un sens à sa vie, ou autre chose...finalement celui qui aura vraiment vécu quelque chose de "sensationnel" ne sera pas celui qu'on aurait cru au départ !

Voilà, donc tout comme je passe mon temps, mon quotidien à essayer de détruire les idées toute faites, les stéréotypes, les clichés, les idées pré-conçues (à essayer d'expliquer depuis 6 mois et de réexpliquer encore avant-hier à des Brésiliens que : SI "les Français" prennent des douches, NON "les Français" ne détestent pas les Anglais et ne détestent pas parler anglais, SI "les Françaises" s'épilent, etc. je vous jure ils croient dur comme fer à ces stéréotypes), là aussi j'aimerais détruire les fantasmes et images toute faites (donc souvent fausses) qu'on peut se faire d'un voyage en Amérique latine, ou d'un an passé à Rio de Janeiro.

Quant à l'Argentine "européanisée", dont j'ai dit que j'étais "déçue", c'était un peu rapide et en fait un jugement de valeur sur une culture qui n'est pas la mienne. C'est vrai que me sentant plus proche de l'altermondialisme que du capitalisme, mon jugement sur la société de consommation européenne n'est pas des meilleures, et que c'est pour ça que je disais être "déçue" que l'Argentine soit tellement influencée par ça. En même temps, je ne peux pas nier que c'est sans doute très bien pour l'Argentine, qui est un pays riche, avec très bonne qualité de vie et beaucoup moins de problèmes que le Brésil par exemple. Et que donc, l'influence européenne et la société de consommation n'ont pas apporté que des mauvaises choses (y compris en Europe où on n'a pas à se plaindre niveau qualité de vie, pour une grande majorité de la population en tout cas). Et que ce n'est que maintenant (et un peu tardivement) qu'on commence à se rendre compte des effets néfastes de notre sur-consommation sur l'être humain et notre chère planète qu'on tue à petit-feu (ou même grand feu).

Voilà, j'espère avoir été un peu plus claire ! Un jour peut-être j'apprendrai à être 100% claire et limpide et me faire comprendre de tout le monde sans avoir besoin d'écrire 30 pages ! Ça serait chouette pour tout le monde ;)

Les commentaires sont les bienvenus ! Même si je suis de retour de mon voyage ça me fait plaisir d'en avoir ;)