Précisions concernant le regard étranger
Ecrit par Noémie S., le mercredi 11 juin 2008 à 21:09 , dans General
Questions et remises en question
Après avoir écrit mon billet précédent il y a quelques jours, j'ai réfléchi un peu plus à ces questions de regards étrangers. C'est vrai que porter une critique sur un pays qui n'est pas le sien est vite dangereux : on peut donner l'impression d'être qqn qui juge et se sent supérieur. La question est d'autant plus délicate qu'on est occidental et qu'on se permet de porter un jugement sur un pays en développement ou émergent. On peut vite être taxé d'occidental trop douillet, pas assez tolérant et qui a une tendance limite néo-colonialiste à se sentir supérieur. L'horreur, à éviter à tout prix. Je me suis donc posée la question : comment être sincère avec ce que je ressens en tant qu'étrangère, tout en ne tombant pas dans le travers de l'arrogance ? Est-ce que je suis effectivement arrogante et intolérante quand je porte des critiques, et ce sans m'en rendre compte ? C'est vrai que je suis peut-être moins tolérante que la moyenne des gens, vu que je râle et critique sans arrêt. Mais est-ce que je fais ça ici au Brésil parce que je suis vraiment une occidentale habituée au luxe et à une qualité de vie supérieure et énervée par les désagréments de la vie quotidienne d'un pays émergent ? Bon, j'espère que non. En me posant cette question, ça m'a fait peur. Je me suis dit que c'était peut-être quand même cette attitude que j'avais, inconsciemment. Et puis, en réfléchissant davantage, je me suis rassurée...
Déjà, je ne crois sincèrement pas que mes critiques soient le reflet d'un regard occidental supérieur. Parce que je ne critique pas et n'ai jamais critiqué ce qui ne marche pas au Brésil et qui montre que la "qualité de la vie" est inférieure (Etat de droit pas présent partout, corruption partout, misère, inégalités,...) Ce que je critique, ce sont des caractéristiques purement culturelles, que je pourrais tout aussi bien émettre dans des pays avec lesquels on est à "égalité" (Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Japon,...)
Ce qui me rassure aussi, c'est de voir que je ne suis pas la seule personne à émettre des critiques. Les Brésiliens que je connais ont un regard ultra critique sur leur pays. Et c'est aussi rassurant de voir d'autres étrangers émettre les mêmes critiques que moi, ce qui montre que je ne suis pas tout à fait folle ! Cf les propos d'une Française qui est à Porto Alegre depuis 2 mois, et qui auraient tout aussi bien pu être les miens : "Ce pays est quand même un drôle de mélange. Je le trouve parfois très attachant - à cause du comportement des personnes à mon égard, de ce côté extrêmement chaleureux des Brésiliens et aussi d'une sorte de respect que j'éprouve pour ces personnes qui font en sorte d'assurer au quotidien dans des conditions difficiles et de tirer le meilleur parti de ce dont elles disposent-, et d'autres fois exaspérant car épuisant." Et plus loin, cette Française explique que son but n'est pas de faire des comparaisons en défaveur du Brésil, mais de montrer que "cela illustre le pesant héritage d'un autre drôle de mélange, celui de l'autoritarisme d'État (et de la dictature) avec une forme de développement à la fois protectionniste, inégalitaire et néolibéral."
Et puis une dernière chose qui m'a rassurée ces derniers jours : écouter les nombreuses critiques qu'une amie brésilienne porte sur la France, après y avoir passé 4 mois de janvier à avril dernier. Finalement, elle fait le même genre de critiques sur la France que celles que je fais moi sur le Brésil, et cela montre définitivement que je ne porte pas de jugement de valeur sur le Brésil : je déteste la clim, elle a détesté le froid horrible qu'elle a subi à Paris et le chauffage qui lui laissait la gorge sèche ; je critique l'agitation et le bruit en permanence, elle a détesté le calme, le silence et l'absence totale d'agitation à Paris (c'était l'hiver) ; etc. Elle est rentrée ultra soulagée au Brésil, sans la moindre envie de revenir en France (en tout cas pas en hiver). * Je précise que cette amie n'aime pas le froid, ce qui n'est de loin pas le cas de tous les Brésiliens.*
Voilà quelques précisions, plus pour me rassurer moi-même que pour justifier mes propos précédents émis sur ce blog.
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